La légende du "Poilu"

C'était pendant la guerre. Il ne savait pas trop bien ce qui lui était arrivé, Jean, depuis ce matin de l'hiver 1915, où les gendarmes du Tech étaient venus le chercher, dans son mas là-haut, perché dans les collines. Depuis, c'était le froid, la faim, la peur surtout. Quand elle se faisait trop tenace, il se prenait à rêver. Rêver du temps de paix, des années heureuses où il allait cueillir les herbes de la bonaventura le long des près et des sentes.

C'est justement ce à quoi il pensait, ce matin-là. On était le 24 juin. Sa mère et ses soeurs iraient-elles, à l'aube, cueillir les plantes magiques, les tresser en croix afin de les suspendre à la porte du mas en signe de bénédiction?

Voulant ainsi célébrer sa fête, Jean sortit dès les premières lueurs de l'aurore de la casemate qu'il occupait avec ses compagnons d'armes.

Ici aussi, malgré la boue, le froid encore vif, elles étaient au rendez-vous, les herbes de la Saint-Jean.Il eut le temps de confectionner un petit bouquet.
Sifflement d'obus.

Se retournant vers la casemate qu'il venait de quitter quelques instants à peine auparavant, il comprit avec horreur qu'il ne reverrait jamais ses compagnons.

Il serra son petit bouquet contre son coeur . M. G.

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